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Le G8 et la paix mondiale
NASS Alexis

lundi 26 mai 2003


Le G8 et le conflit du Proche - Orient

Les 1, 2 et 3 juin 2003 se tiendra à Evian le 29ème sommet du G8, lors duquel les principaux dirigeants du monde occidental plus la Russie se rencontreront afin d'évoquer ensemble une multitude de sujets, dont celui légitimement prioritaire et encore prépondérant actuellement : la paix mondiale. Ce thème cher au G8, dont la vocation est la conciliation et la collaboration et dont l'organisation privilégie le consensus comme mode d'élaboration des décisions, est actuellement sujet de discorde sur la manière d'appliquer le principe de concertation entre les principales puissances économiques à propos des grands problèmes politiques internationaux d'une manière satisfaisant toutes les parties. Dans le contexte actuel, on peut se demander si les dissensions entre les membres du G8 vont entraîner des effusions visibles ou si le consensus du « politiquement correct » revenant à dire «oui nous avons des désaccords mais nous les réglerons à huis clos » l'emportera ... auquel cas on assistera à des déclarations vagues et vides de promesses concrètes. Dans la tribune de Jacques Chirac publiée dans le International Herald Tribune du 25 janvier 2003, une volonté politique s'affiche concernant la sécurité : « A Evian, nous devons intensifier les mesures contre le terrorisme international. Le G8 a déjà contribué à la lutte contre ce fléau dans le cadre de l'ONU et des institutions internationales compétentes. Nous avons adopté des décisions de principe pour améliorer la sécurité des transports, renforcer la lutte contre le financement du terrorisme et l'accès des terroristes aux armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques. Nous pouvons faire plus ». Cette déclaration pouvant paraître pour le moins consensuelle est sans doute un avant goût des déclarations officielles d'ouverture et de fermeture du G8 ; elle affiche la volonté commune. Néanmoins, même si la volonté est commune, les Etats divergent sur les conditions d'application des principes de sécurité. On peut se demander si la référence à l'ONU fera l'unanimité. Entre les membres du G8, on ne peut pas ne pas évoquer le récent désaccord entre les Etats-Unis et trois membres : l'Allemagne, la France et la Russie à propos de l'invasion de l'Irak. Bien que tous les membres du G8 partagent les idéaux de paix, d'équilibre et de démocratie comme ils ne manquent pas de le proclamer, ils divergent pour le moins dans la manière d'appliquer ces principes. A l'heure ou se dessinent les plans du gouvernement de l'Irak libéré de Saddam Hussein, la question est de savoir si les Etats-Unis et la Grande Bretagne vont profiter des rencontres d'Evian pour apaiser le contexte diplomatique international en offrant à leurs interlocuteurs du G8 des garanties en échange de leurs soutiens dans la reconstruction de l'Irak. Soutiens qui paraissent de moins en moins superflus au regard de la situation humanitaire et des tensions politiques actuelles en Irak. Va-t-on au contraire assister à une dévalorisation du cadre G8 ? C'est le risque ! Si les désaccords et les ressentiments l'emportent, le divorce serait alors consommé entre les pays «atlantistes » : USA, Grande Bretagne et dans une moindre mesure le Japon, le Canada et l'Italie et les pays «continentaux » : France, Allemagne et Russie. Les uns étant partisans de la régulation par l'action préventive et la domination militaire et les autres de la régulation par l'équilibre et le respect du droit international pour qui le consensus international est la condition sine qua none de l'action. Il faut accorder de l'importance aux actuelles dissensions, car elles sont symptomatiques de la direction prise par les relations internationales du 21ème siècle : retrait atlantique des européens et construction d'un modèle rival, bilatéralisme primant sur la légalité internationale, pragmatisme primant sur l'idéologique, consolidation des inégalités nord-sud ayant pour conséquence des "radicalisations culturelles". Néanmoins, tout laisse à penser que les membres du G8 « digéreront » sans peine les affrontements visibles du grand public nés autour de la question irakienne, la communauté d'intérêt primant. N'oublions pas que malgré leur opposition de principe à la guerre, les Russes restent des alliés du «premier cercle » américain : malgré la discrétion de leur relation, on peut remarquer que G. W. Bush s'abstient de réprimander la Russie à propos de la guerre en Tchétchénie et du processus antidémocratique en échange de l'accord sur le développement de la défense spatiale américaine. La France, tant vilipendé pendant la crise pour son opposition à légitimer une guerre qui est illégale si l'Irak ne possède pas d'armes de destructions massives, subirait-elle réellement le retour de bâton de l'oncle Sam ? Malgré les boycottes symboliques de produits français, aucun des deux partenaires ne peut se permettre de rupture tant les relations industrielles et commerciales sont considérables. Malgré la déclaration fracassante de Paul Wolfowitz, « la France devra payer », il est peu probable que l'ensemble des relations existantes soient interrompue sur le seul bon vouloir de M. Wolfowitz. Le bon sens prévaudra. L'Allemagne s'est elle aussi brouillée avec les USA et la Grande Bretagne, il probable que les relations économiques, encore plus conséquentes pousseront à la réconciliation à court terme. A long terme, les nations membres du G8 arriveront-elles à réconcilier leurs visions des relations internationales afin d'être à même d'agir ensemble lors du règlement des crises ? On peut se demander si la construction européenne ne pourrait pas être un facteur de rééquilibrage, les Européens unissant leur voix afin d'avoir autant de poids que les Etats-Unis, à contrario de ce qui s'est produit durant la crise irakienne. Cette guerre est d'un genre nouveau, elle met au défi les nations occidentales et la Russie, dans le cadre actuel, et peut-être bientôt d'autres nations, de contrôler ensemble la décision d'action préventive. Sans cela, le risque est grand de renforcer la polarisation de la politique international entre puissances alliées formant des groupements d'intérêt allant à l'encontre de l'intérêt «commun », du moins celui concerté entre tous. Le récent échec de l'ONU est à méditer : il n'est pas le premier, mais les précèdent étaient ceux de la guerre froide, et si l'ère qui lui succède veut être celle de la «victoire de la démocratie », les nations les plus développées, les plus puissantes, doivent rééquilibrer le mode de règlement des conflits internationaux afin que le modèle démocratique reste crédible aux yeux du sud majoritaire, exclus du groupement G8. Le G8 à été créé pour souder le bloc occidental et regrouper les intérêts économiques et politiques des nations les plus développés. Si grâce à lui ont pu être prises des décisions majeures au plan économique, il est temps que ses membres puissent rééquilibrer le processus d'équilibre interne afin de pouvoir agir comme un instrument de régulation politique d'une efficacité plus conséquente. La prochaine déclaration du G8 sur la paix mondiale sera sans doute axée sur la lutte contre le terrorisme et les Etats détenteurs d'instruments de destruction massive, réelle volonté commune du bloc G8 mais ne contiendront sans doute rien des modalités de la collaboration entre nations nécessaire à la reconstruction de l'Irak. Ce qui est la preuve que les nations du G8 ne parviennent pas à s'entendre actuellement et qu'il est urgent que l'émergence d'une Europe politiquement forte puisse faire contrepoids à l'unilatéralisme de fait.

 


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