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Du G7 au G8 : la Russie entre dans la cour des grands
PLOUHINEC Sébastien, GALLET Sophie et ACLEMENT Delphine

lundi 26 mai 2003


Le G8 et l’ex-Yougoslavie
Le G7 et la Chine
Le G8 et Hong Kong
G8 et l’Afrique du Sud
Le G8 et Chypre

{{{Sommaire}}} {{La Russie : une arrivée pitoyable }} {{Le G7, une tribune pour Boris Eltsine}} {{Tout vient à point à qui sait attendre…}} {{Vers une participation progressive ? }} {{Rien ne sert de brûler les étapes…}} {{G7, G7 et la Russie, G7+1 ou G8}} {{Vers une harmonisation des cultures ?}} ------ 1989, un mur s'écroule à Berlin, un rideau se lève sur l'est. On y découvre alors des économies en bien mauvaise situation. L'homme en charge des affaires de l'URSS, Mikhail Gorbatchev, crée la surprise en adressant au G7, alors réuni à Paris, une lettre de vingt-trois pages. L'année suivante, la situation en Russie affecte pour une large part les discussions à Houston, sommet durant lequel le G7 se montre très préoccupé et se questionne sur l'opportunité d'une aide à un pays qui, deux ans auparavant était l'ennemi absolu. Mais jusqu'alors, il n'est nullement question d'un quelconque partenariat avec la Russie. Depuis, les choses ont considérablement évolué : en décembre 1991, l'Union Soviétique cesse d'exister, Boris Eltsine va bientôt remplacer M. Gorbatchev sur la scène internationale, et la Russie va se faire de plus en plus pressante. Se dirige-t-on pour autant vers un G8 ? {{La Russie : une arrivée pitoyable }} En 1991, M. Gorbatchev est invité en marge du sommet à faire un discours devant les représentants du G7. Selon l'un des sherpas, "Gorbatchev sera la star du sommet, quoi qu'on fasse." Pour The Economist, "Cette visite est inégalée sur le plan symbolique depuis que Vercingétorix se rendit à Rome." La venue d'un leader russe au milieu des pays les plus riches de la planète a en effet de quoi surprendre. La Russie est dans une situation dramatique : elle doit quelques 80 milliards de dollars à l'occident et a extrêmement besoin de son aide financière pour espérer survivre aux évènements qui la secouent. Si M. Gorbatchev peut considérer comme une relative victoire le fait d'avoir été invité, il a aussi dû ressentir un véritable échec, puisque non seulement il n'est intervenu qu'après la tenue du sommet, mais surtout, il est reparti de Londres sans un sou. "On ne verse pas de l'eau dans un tonneau sans fond", dit alors le premier ministre japonais, T. Kaifu. Les deux sommets suivants, à Munich et Tokyo, ont également été l'occasion pour le nouveau Président de Russie, B. Eltsine, de s'exprimer, chaque fois en marge du sommet. Mais l'attitude du G7 à l'égard de la Russie semble peu à peu changer. Il ne s'agit plus de discussions quant à l'opportunité d'une aide mais plutôt d'une nécessité absolue, pour éviter que le pays ne sombre dans le chaos le plus obscur. Afin de préparer sa venue à Munich, B. Eltsine visite durant tout l'hiver 1992 chacun des pays du G7, excepté le Japon, afin d'obtenir non seulement la reconnaissance politique internationale dont il a besoin, mais aussi des contrats d'investissements et des accords de coopération. {{Le G7, une tribune pour Boris Eltsine }} Le G7 a en effet servi à B. Eltsine en tant que tribune pour demander de l'aide pour son pays, mais aussi comme infaillible soutien, tant à ses réformes politiques et économiques qu'à sa personne. Ainsi, en 1993, lorsque le Soviet Suprême (le Parlement russe) critique les réformes et fait même chanceler B. Eltsine, les communiqués officiels du G7 font état du soutien des pays riches au président russe, et ce malgré les graves entorses à la démocratie que celui-ci commet, notamment lors du putsch sur le Parlement. Le G7 est la source d'une aide financière considérable vers la Russie. En 1992, les Sept annoncent une aide de quelques 24 milliards de dollars. Pour les pays riches, c'est le geste le plus généreux depuis le plan Marshall en 1947. Une réunion des sherpas à Hong-Kong aboutit en 1993 à l'accord pour un programme d'aide de plus de 43 milliards de dollars d'aides (auxquels se rajouteront 3 milliards débloqués lors du sommet à Tokyo). Partisans et opposants de l'adhésion de la Russie... En 1993, l'état de l'économie russe est même l'objet d'une proposition des présidents américains et français, qui "jugeaient utile un sommet consacré à la situation en ex-U.R.S.S. ". Quoi qu'il en soit, la Russie apparaît toujours ici, non comme un hypothétique partenaire mais comme un quémandeur d'aide, et qui n'intervient chaque fois qu'après la tenue des réunions du G7. V. Jirinovski ressent d'ailleurs comme " Une honte que le leader du plus puissant pays du monde demande la permission d'assister au sommet dans le couloir ". Le G7 est donc ici une sorte de tuteur pour la Russie, et tente comme il peut de l'aider à se sortir du marasme dans lequel elle s'enfonce. Pourtant, certains, comme J. Attali, le président de la BERD, proposent que la Russie entre comme partenaire au sein du G7, pour le transformer en un G8. Il faut noter qu'un consensus à ce sujet est loin d'être atteint. Ainsi, le Japon s'est opposé à la tenue du sommet " spécial ex-U.R.S.S. ". Pendant longtemps, il a tout fait pour modérer l'élan de ses partenaires envers la Russie, notamment l'Allemagne, créancière en 1992 de près de la moitié de la dette russe. Avant le sommet de Tokyo, les japonais avaient proposé d'inviter le président indonésien, Suharto, tout en refusant la présence de B. Eltsine. Ce n'est que sous la pression de ses partenaires occidentaux qu'il fut accueilli, après les discussions. Ceci est dû au fait que japonais et russes s'opposent à propos des îles Kouriles, un archipel situé au nord du Pays du soleil levant, annexé par les Russes. Aucun traité de paix n'est pour l'heure conclu, ce qui envenime les relations entre ces deux pays. La Japon peut donc à travers le G7, exercer des pressions sur les Russes. En 1993, il était le seul pays à n'avoir pas investi un seul yen sur le territoire russe. Mais même en admettant que ce problème soit effacé, le G7 pouvait-il se permettre, sans perdre sa crédibilité, d'accueillir en son sein un pays dans lequel 40 millions de personnes vivent sous le niveau officiel de pauvreté (280F par mois), où le P.N.B. par habitant et 2650 dollars (inférieur par exemple à celui du Brésil qui compte pourtant plus d'habitants) où, un rouble s'échange pour 4500 dollars, où la production chute depuis plusieurs mois, à l'inverse de l'inflation qui, elle, atteint 120% en 1995 -220% en 1994-... {{Vers une participation progressive ? }} Quoi qu'il en soit, la Russie, aux derniers sommets de Naples (1994) et d'Halifax (1995) a été associée, non pas aux discussions dans leur ensemble, mais au volet politique. Le communiqué officiel de Naples dit d'ailleurs : " La pleine participation du président de la fédération de Russie à la discussion politique rehausse la signification de notre rencontre. Ce partenariat, conséquence des réformes qui ont lieu en Russie, réaffirme notre volonté de traiter ensemble les problèmes contemporains d'une manière constructive et responsable ". Si la Russie n'a guère sa place au sein du Groupe des Sept, il faut tout de même reconnaître que son poids géopolitique est considérable, et qu'elle est donc tout à fait habilitée à faire partie de ceux qui s'expriment sur les grands sujets politiques mondiaux. On peut notamment se référer à l'attitude consensuelle du G7 augmenté de la Russie, à propos de l'ex-Yougoslavie. Pour certains, l'arrivée de la Russie au sein du G7 est une véritable nécessité. Non pas pour de glorieuses raisons mais plutôt parce que cela permet de contrôler plus étroitement l'économie de ce pays. En effet, l'aide apportée à la Russie est telle que les réunions régulières sont l'occasion d'établir un "bilan de santé" complet. Ceci, disent les défenseurs de cette idée, est d'autant plus nécessaire que la Russie est une "bombe nucléaire en sommeil", Tchernobyl n'ayant été qu'un incident parmi bien d'autres possibles. Patience et persévérance... Au sommet de Naples, un certain compromis s'était mis en place quant à la participation complète de la Russie aux sommets des Grands. « La participation de la Russie au vrai G7 peut attendre encore un peu de temps », disait-on du côté des Sept, ce à quoi répondait l'ours russe « La Russie ne veut pas brûler les étapes. Elle se contente de son état actuel. Quand son économie le méritera, son adhésion au club des riches deviendra naturelle ». Cette adhésion semble donc inexorable, et comme le dit le proverbe « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » : principe que la Russie mit en œuvre. Or, à l'image de Boris Eltsine qui, bien qu'il « travaille intensivement, consulte ses dossiers et délivre par téléphone des instructions à ses ministres » relatives à une transition réussie vers l'économie de marché, à l'instauration d'un régime respectueux et protecteur des Droits de l'Homme, au tri entre les « bons invités » et les terroristes qu'il peut accueillir sur son territoire ou encore à la solution pour la guerre de Tchétchénie, la santé économique de la Russie se dégrade. La stratégie de « la thérapie de choc »fondée sur un passage très rapide à l'économie de marché entraîne de réelles contre-performances. La croissance de 1994 à 1996 baisse de 7.3%, le taux de chômage de 1997 s'élève de 8.2% pendant que l'inflation galopante grimpe de 190%. Incapable d'enclencher un processus de croissance tout en contrôlant chômage et inflation, la Russie peine à retrouver un éclat économique. Cependant, la Russie a d'autres atouts : l'intégrer dans le Club des Grands permettrait, d'un point de vue géopolitique, d'y représenter plus fidèlement les rapports de forces qu'au sein du Conseil de sécurité. La présence de l'Allemagne et du Japon, deuxième et troisième puissances économiques mondiales donne un poids important aux décisions prises au cours des sommets. En outre, ancien chef de file d'une idéologie communiste longtemps adulée par des dizaines d'Etats et d'intellectuels de toute nationalité, cette intégration aurait pour vertu d'accroître la légitimité et la qualité d'audience des programmes des Sept. {{Tout vient à point à qui sait attendre…}} L'intronisation russe prévue pour le sommet de Lyon de 1996 est mise en suspens tant pour son bilan économique mitigé que pour l'incertitude de la réélection de Eltsine devant Ziouganov. Consacrer la transformation du G7 en G8 dans une telle conjoncture semblait risqué. L'honneur de la paternité revient donc aux Etats Unis : 1997 est l'année de la Russie. Cette entrée dans le Club des grands pays industrialisés est « un succès géostratégique prestigieux », selon les termes d'un haut fonctionnaire français. Il est effectivement peu courant qu'« un pays très largement sous-développé soit ainsi admis dans le cercle le plus intime des pays industrialisés ». En dépit de son marasme économique, la Russie quitte donc le clan des pays émergents pour entrer dans celui des élites. Bel opportunisme ! {{Rien ne sert de brûler les étapes…}} Telle est bien la politique employée par le G7. Le mot d'ordre de Denver est d'autoriser Moscou à participer à l'ensemble des discussions, en dehors de celles consacrées aux questions économiques et au système financier international. Cette participation partielle et partiale est saluée comme « une importante avancée » s'inscrivant dans une logique lancée depuis 1989. La déclaration finale de Denver constitue l'acte de naissance du « sommet des Huit… principales démocraties industrialisées ». Celles-ci réaffirment fièrement leur démarche visant « à assurer la prospérité et la paix à [leurs] citoyens et à l'ensemble de la planète en cette veille de XXIe siècle ». La Russie est acceptée, mais… « ses réformes audacieuses pour mener à bien sa transformation historique en pays démocratique à économie de marché » n'en sont qu'à leurs balbutiements. Il lui faut donc faire ses preuves et « s'intégrer [avec l'aide du G7] au système économique mondial ». Cette intégration est donc conditionnée à son acceptation au sein du Club de Paris, de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et de l'Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE). Il lui serait préférable d'être reconnaissante car la réclamation de Eltsine selon laquelle la transformation du G7 en G8 « devait être écrite noir sur blanc » a choqué les esprits japonais et américains. Le président russe reconnaît donc, lors du dîner d'ouverture, que son acceptation parmi les Sept constitue un nouveau pas vers l'intégration de son pays dans la communauté internationale. {{G7, G7 et la Russie, G7+1 ou G8}} Les formules sont servies pour contenter tout le monde. Les sommets de Birmingham, Cologne et Okinawa permettent d'intégrer progressivement la Russie dans son rôle de « membre spécial » du G8 politique. Chaque sommet voit les Sept se réunir le premier jour en comité réduit pour traiter des questions économiques et financières et s'accroître d'un dernier membre pour la fin des festivités. S'agit-il donc d'un G7 économique/ G8 politique ? La formule est incertaine : prenons l'exemple du terrorisme. Phénomène de société de nature politique, il intègre une large dimension financière à travers le blanchiment d'argent et le trafic de drogue. Or, la Russie constitue l'une de ces « juridictions non-coopératives » contre lesquelles lutte le Groupe d'Action Financière Internationale (GAFI). Ouverte au blanchiment de capitaux et « sans volonté ou capacité » (?) de l'empêcher, la Russie est une terre d'accueil appréciée des organisations terroristes. Le GAFI, chargé de la répression antiterroriste au niveau financier, la met clairement en garde au sommet d'Okinawa sous peine de boycotts des plus Grands « si elle ne met pas les choses en ordre ». Moscou n'a pas encore toutes les préoccupations communes aux Sept ... même en matière politique. Et sa présence sur les listes rouges du GAFI a figuré jusqu'à la veille du 11 septembre. {{Vers une harmonisation des cultures ?}} Les sommets et les évènements de 2001 et 2002 modifient la donne politique. Déterminés à sauver leur honneur contre les assauts meurtriers du terrorisme, les Etats-Unis ont donné le ton de Kananaskis. Ce sommet sonne « la guerre mondiale contre le terrorisme ». Un compromis semble avoir été adopté. Grand bénéficiaire de ce sommet, la Russie est repartie avec un soutien de vingt milliards de dollars sur dix ans pour exécuter un programme contre la dissémination d'armes de destruction massive et de matière nucléaire, considéré par le président Bush comme l'un des volets principaux de la lutte contre le terrorisme. Et parallèlement, une « décision historique a été prise pour le futur G8 » : Moscou assumera la présidence du Club et sera l'hôte d'accueil du sommet de 2006. Faut-il y voir la preuve d'une réelle évolution du monde et la volonté de récompenser la Russie pour « sa capacité à participer pleinement et de façon significative aux efforts pour s'attaquer aux problèmes mondiaux auxquels [le G7] doit faire face » ? Ou s'agit-il d'une coalition d'intérêt orchestrée par les Etats Unis pour surveiller au mieux l'une des plaques tournantes du terrorisme ? La réponse n'est bien entendue ni noire ni blanche. Il est certain que la Russie s'est dernièrement illustrée dans des prises de position au niveau mondial prouvant sa capacité à faire front sur la scène internationale. La reconnaître comme un membre à part entière constitue un enjeu important. Or, à l'heure actuelle, seule l'union des grandes puissances permettra de faire front à un terrorisme déterminé, puissant grâce à ses ressources et ses moyens et dangereux. La pleine intégration de la Russie permet ainsi d'avoir un atout supplémentaire dans son jeu…. Les Sept semblent l'avoir compris…

 


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