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La remise en cause du G8
TOURON Corinne complété par HUSSON Marie-Caroline

lundi 26 mai 2003


Le contre G8 d’Evian

{{{Sommaire}}} {{"Des conversations à bâtons rompus au coin du feu" ? }} {{Une institution informelle}} {{Remise en question du G7 au Forum de Davos de 1994}} {{Remise en cause renforcée à Gênes en 2001}} {{Une faible représentativité}} {{Une efficacité contestée }} ------ Tout le monde s'accorde, et depuis longtemps, à dénoncer la dérive médiatique du G8 et son manque de résultats. Rares sont cependant ceux qui remettent en cause l'existence même du groupe au sein duquel les représentants des grands pays industrialisés peuvent dialoguer librement et qui sert à l'occasion de catalyseur d'idées ou de lanceur de projets internationaux. {{"Des conversations à bâtons rompus au coin du feu"? }} Lors de sa création, le G8, qui n'était alors qu'un G5, ne devait s'occuper que de la coordination des politiques économiques, et notamment de leurs problèmes de taux de change, à travers des réunions périodiques des gouverneurs des banques centrales et des ministres des finances. Initialement conçues comme des « causeries au coin du feu » par le Président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait pris l'initiative d'inviter en 1975 quelques collègues au château de Rambouillet dans les Yvelines, les rencontres sont rapidement devenues un point de passage obligé des relations internationales. Les chefs d'Etat et de gouvernement réclament d'ailleurs moins de fastes, moins de discours et moins de journalistes pour retrouver l'atmosphère simple et discrète des premiers sommets. Certains « grands shows institutionnels » sont parfois restés célèbres comme la « grand-messe » organisée à Versailles en 1982 par François Mitterrand au début de son premier septennat à laquelle la « fiesta » napolitaine de Silvio Berlusconi en juillet 1994 n'a rien eu à envier. Et le succès d'un sommet, préparé avec soin par des représentants personnels des chefs d'Etat que l'on appelle les « sherpas » et décrété par la presse, tient souvent à peu de choses : une annonce opportune, une déclaration inhabituelle... Selon le père du G8, Mr Giscard d'Estaing, le premier grand tournant a eu lieu en 1980 : « l'année 1980 a ouvert une période pendant laquelle les dirigeants britanniques et américains croyaient en la priorité absolue du marché et souhaitaient limiter la mise en place des politiques économiques. Il a fallu donner un autre contenu, beaucoup moins économique, au sommet, et cette démarche-là s'est avérée décevante. » Ainsi selon lui les discussions politiques n'ont abouti qu'à des déclarations de principes, et les problèmes économiques qui se posaient (crise de l'endettement) n'ont pas été résolus. {{Une institution informelle}} Dès les premières années s'est posée la question de l'institutionnalisation de ce qui deviendra le G8 Il n'est alors qu'un club informel, démuni de capacité décisionnelle étendue et sans même un papier à en-tête. Il s'agit simplement de « sommets annuels des chefs d'Etat et de gouvernement » (une fois par an) et de « réunions des ministres des finances et gouverneurs des banques centrales » (trois à cinq fois par an). Une véritable institutionnalisation du G8 ne paraît par ailleurs pas sans danger. Si l'Allemagne et le Japon militent en faveur d'un renforcement du G8, la France, en revanche, attachée au rôle de l'ONU, s'y oppose. Paris refuse l'ouverture d'un « bureau du G8 » à Moscou, lequel aurait pu représenter une dérive dangereuse pour la crédibilité du groupe. En tant qu'organe informel, les « Huit » n'ont jusqu'à présent jamais eu de véritables responsabilités. De plus, prises par une institution officielle, les décisions pourraient être plus facilement contestables, du fait qu'une adresse officielle où adresser les réclamations serait ainsi offerte aux plaignants. {{Remise en question du G7 au Forum de Davos de 1994}} C'est à l'occasion du Forum de Davos en février 1994 que le fonctionnement et la composition du G7 (qui ne comprenait alors pas encore la Russie) ont clairement été remis en cause et notamment par le directeur général du GATT, Mr Peter Sutherland, à propos de l'isolement dans lequel agissent les grandes puissances internationales alors que les problèmes appellent des solutions globales et concertées. Ce forum constitue l'occasion, au cours d'une réunion annuelle de personnalités du monde des affaires et de la politique ainsi que de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement, de « prendre le pouls de la planète ». Déjà à Davos en 1993, des critiques avaient été formulées à l'encontre du Groupe des sept pays les plus industrialisés, mais il s'agissait à l'époque de critiques venant seulement d'économistes et de professeurs non investis d'une mission officielle. Le directeur général du GATT a, quant à lui, exprimé « qu'il était impensable de continuer de la sorte avec cette forme de Directoire écartant la majorité des peuples du monde de la gestion des affaires économiques globales » dénonçant ainsi « l'exclusion de la plupart des pays les plus peuplés et d'un grand nombre des économies qui connaissent la croissance la plus forte et la plus rapide ». {{Remise en cause renforcée à Gênes en 2001}} A gênes, la teneur des critiques ressemble à celles exprimées lors du forum de Davos, mais viennent cette fois de la société civile, regroupée au sein de Genoa Social Forum (GSF), regroupant communistes, écologistes, membres d'ATTAC et autres catholiques, soit plus de 200 000 personnes manifestant à l'extérieur de la zone rouge encerclant le lieu de réunion. La contestation fut donc plus virulente encore qu'à Seattle, qui ne vit « que » 50 000 contre-manifestants. Les dérives du Sommet de Gênes sont encore présentes dans les mémoires : un mort, Carlo Giulani, des dizaines de militants et plusieurs policiers blessés. Silvio Berlusconi (chef du gouvernement italien) semble avoir opté pour une stratégie de tension affichée, qui engendra ce que les média qualifièrent de « guérilla urbaine » : des charges de policiers, à l'extérieur de la zone rouge devaient contenir les « black block », groupes réclamant une action par la violence, munis de battes de base-ball. Berlusconi fut ensuite accusé d'avoir provoqué ce climat de tension dans le but de dissimuler les échecs du sommet et de cacher les revendications des militants anti-G8. Ces derniers, pour la majorité pacifistes, se disent décrédibilisés par l'image de hooligans qu'ils portent désormais. Leur message est moins relayé par les média, qui portent leur attention sur les ŽvŽnements frappants du sommet. Peu s'intéressent au fait qu'ils revendiquent une meilleure gouvernance du monde, plus régulée et plus ouverte aux petits pays. {{Une faible représentativité}} En effet la physionomie de l'économie mondiale a tellement changé que la composition du G8 peut être légalement contestée. Il y a certes eu une prise de conscience qu'une partie du Tiers-Monde est dorénavant un nouveau monde, pas encore aussi industrialisé que les Huit, mais moins faible que par le passé si bien que la préférence à admettre au G8 le Canada, l'Italie, la France... au lieu du Brésil, de la Chine ne semble plus se justifier. Cette faible représentativité est l'une des critiques les plus fréquentes adressées au G8. Au Forum de Davos en 1995, elle fut reprise par le premier ministre suédois, Ingvar Carlsson : « Comment peut-on débattre des grands problèmes de l'économie mondiale en l'absence de ceux qui en seront les principaux acteurs demain, le monde asiatique dans son ensemble notamment? ». La présence, désormais régulière, de la Russie aux grands sommets semble être un premier pas. Les sept pays industrialisés ont décidé en mai 1994 de réformer leur club, pour pouvoir faire une place au partenaire russe. Le G8 continue à se réunir pour traiter des questions économiques. Le sommet des « Huit », quant à lui, sera le lieu normal des discussions politiques : les questions nucléaires, la drogue, le terrorisme... Cette création du « G8 politique » est l'aboutissement d'un processus engagé en 1991 : les Sept avaient invité à Londres Mikhaïl Gorbatchev, alors leader d'une URSS en quête d'aide financière occidentale. La mort de l'URSS n'a pas interrompu la tradition qui s'est poursuivie avec la Russie. Boris Eltsine a rejoint les sept à Munich en 1992, à Tokyo en 1993. Mais l'idée défendue par les Allemands et les Américains, d'associer les Russes à tous les débats politiques, n'était pas à l'ordre du jour. La France, notamment, a toujours résisté à la « dérive » des sommets des sept, qui, selon elle, doivent rester essentiellement économiques. Selon François Mitterrand, le G8 n'a pas de légitimité pour prétendre devenir le « directoire du monde » et ce G8 pourrait bien faire doublon avec le Conseil de sécurité des Nations Unies et l'OTAN. Ainsi reviennent les questions autour d'un « concert des nations occidentales », d'un directoire de la planète -fut-il à huit- difficilement acceptable par le reste du monde mais aussi celle d'un organisme supplémentaire, d'autant plus que la plupart des gouvernements estiment que le nombre d'institutions internationales existant est déjà suffisant. Les huit pays industriels, qui détiennent plus de la moitié de la richesse mondiale, se sont toujours défendus de l'accusation d'être un « directoire mondial ». Cependant lors des sommets, le fruit des réflexions en matière de taux de change ou de commerce influence la quasi totalité des économies du monde. {{Une efficacité contestée }} L'une des causes des interrogations actuelles sur le G8 réside aussi dans la multiplication des points en discussion. Lorsqu'un sujet est mis à l'ordre du jour, il est en général difficile de l'en écarter les années suivantes. La multiplication des G8 n'a pas, à cet égard, été un signe de leur succès. La critique de cette institution informelle est désormais de plus en plus répandue. « Les G8 sont inefficaces et peu représentatifs des nouveaux rapports de force économiques » entendait-on beaucoup à l'occasion du forum de l'économie mondiale en janvier 1995. Les G8 « spécialisés » -finances, emploi, industries de l'information- n'ont pas jusqu'à présent fait preuve de leur efficacité. Les thèmes aussi vastes que la coordination des politiques économiques, l'environnement... ont souvent mené à des réflexions très générales. Les travaux, préparés par des experts, aboutissent souvent à des déclarations générales se répétant au fil du temps : pour une meilleure croissance, un écart Nord-Sud moins marqué… Et ces critiques sont encore plus virulentes depuis deux-trois ans : les « huit » sont incapables de réguler la mondialisation libérale, et leurs discussions totalement illégitimes. Ce à quoi les chefs d'Etat et de gouvernement répondent qu'ils ne prétendent en aucun cas vouloir réguler la mondialisation, mais plutôt favoriser la concertation et impulser de nouvelles décisions. Ils se disent en outre légitimes pour deux raisons : ils représentent 60% du PIB mondial et ont été élus démocratiquement, ce qui leur donne le droit de se rencontrer en lieu et temps qu'il leur plaira. Néanmoins, ces réponses ne paraissent pas contenter les anti-G8, qui réclament une nouvelle société sans logique de profit ni de domination, mais dirigée dans un souci de justice sociale et d'équilibre écologique. Choqués par les violences occasionnées lors du sommet de Gênes, nombreux ont été ceux qui ne voyaient dans ces rencontres aucune légitimité. Le journal espagnol El Pais parlait de « provocation », l'allemand Bild Am Sonntag de « spectacle pompeux », l'Humanité de « Fiasco » et France Soir a titré « Tout ça pour ça ! ». La presse internationale n'a pas compris pourquoi il y eut tant de violences pour de si maigres résultats… En outre, la plupart des résultats positifs obtenus par le G8 touchent des sujets relativement consensuels et financiers. En matière monétaire la coopération y est la plus ancienne. Elle a obtenu dans le passé quelques succès : les accords de stabilisation des monnaies de Plazza (1985) puis du Louvre (1987) notamment. C'est également grâce aux discussions au sein du G8 que la question de la fermeture de Tchernobyl a été abordée, en 1994, à Naples ; puis celle de l'initiative de l'annulation de la dette, à Lyon en 1996, par l'« Initiative PPTE » ; le sommet de Gênes vit la création d'un Fonds Mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Bien que les critiques se concentrent autour de l'efficacité et de la représentativité, le G8 n'en reste pas moins le signe d'un besoin : celui d'une organisation assurant la « supervisation » d'une économie mondiale qui se globalise et s'unifie et répondant à l'interdépendance des nations. La question d'un secrétariat permanent est évoquée depuis quelques années. Quoi qu'il en soit la réflexion sur « l'après-G8 » semble engagée même si le G8, lui même, n'est pas le mieux placé pour définir la liste des membres et des missions du club appelé à lui succéder. Il serait peut-être dommage que les dirigeants des huit pays industriels renoncent trop vite à leur « club informel » au profit de structures plus lourdes.

 


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