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Le G8 et Hong Kong
DARD Delphine

mardi 20 mai 2003


Du G7 au G8 : la Russie entre dans la cour des grands
Le G8 et l’ex-Yougoslavie
Le G7 et la Chine
Le G8 et Chypre
G8 et l’Afrique du Sud

{{{Sommaire}}} {{Un événement inévitable}} {{Hong Kong : un modèle d'économie libérale}} {{La main mise de Pékin : un danger pour la démocratie ?}} {{Face à une appréhension partagée le G8 veille}} {{Un bilan positif : bon point pour la Chine}} {{Pékin trop présent ? Un contrôle international nécessaire}} ------ {{{La rétrocession à la Chine}}} Cette question a suscité bien des inquiétudes au sein du G8 : en effet, Hong Kong est la plus importante place financière d'Asie et une interface primordiale entre l'Asie et le reste du monde. C'est pourquoi la rétrocession à la Chine faisait craindre une restriction des libertés d'entreprendre ainsi que la fin de la transparence. En dépit de la dramatisation médiatique de la date - certes historique - du 01 Juillet 1997, la rétrocession de la colonie britannique de Hong Kong à la République Populaire de Chine s'est en grande partie déjà réalisée au cours des dix dernières années. Sur le plan économique, l'intégration est presque complète entre Hong Kong et le sud de la Chine. En revanche, de nombreuses questions restaient en suspens dans le domaine des libertés individuelles, le régime communiste, en pleine lutte pour sa survie, étant, comme toujours, soucieux de contenir les opinions dissidentes. {{Un événement inévitable}} Au cours de la dernière année de mandat britannique, les relations entre la république populaire et le gouvernement colonial étaient tendues, Pékin ayant décidé de supprimer toutes les institutions mises en place par Chris Patten entre 1994 et 1997. Comme l'a dit explicitement Qian Qichen, le ministre chinois des Affaires étrangères, en guise de message du Nouvel an chinois, « le retour de Hong Kong sous souveraineté chinoise marquera la fin de cent-cinquante ans d'humiliation». En effet, les deux traités de Nankin (26 juin et 29 août 1842), avaient accordé au Royaume-Uni obtient une concession illimitée sur Hong Kong. Quelques années plus tard, en 1860, la Chine impériale avait cédé la péninsule de Kowloon. Enfin, en 1898, à Pékin, les Britanniques avaient obtenus des Chinois un troisième « traité inégal » cédant les Nouveaux Territoires au Royaume-Uni pour un bail de 99 ans. 1997 est donc la fin de cet étrange contrat unilatéral, Pékin ayant fermement fait comprendre aux autorités britanniques, dès le début des années quatre-vingts, qu'il n'était pas question de prolonger le bail. {{Hong Kong : un modèle d'économie libérale}} la rétrocession d'un territoire capitaliste richissime au dernier grand régime communiste de la planète, au pays le plus peuplé du monde, appelé à devenir, sans doute, la nouvelle superpuissance du siècle prochain n'a pas été sans créer quelques inquiétudes au sein du G8. Pékin a, en effet, récupéré : - la septième puissance commerciale du monde - le cinquième centre bancaire mondial en termes de transactions financières extérieures - le septième marché boursier - le premier port par conteneur du monde - des réserves monétaires de 65 milliards de dollars - une population éduquée, cosmopolite, pragmatique, douée d'un sens de l'entreprenariat peu commun, et dont le revenu moyen atteint actuellement 25000 dollars américains, soit davantage que le Royaume-Uni et l'Italie. Si l'on en croit le Prix Nobel d'économie Milton Friedman, Hong Kong aurait d'ailleurs « l'économie la plus libre du monde », grâce à une alliance tacite entre un gouvernement non interventionniste et une population composée d'anciens réfugiés travailleurs et doués pour le commerce. Il faut ajouter à cela une administration hors pair, un système juridique qui a fait ses preuves et des services publics qui n'ont cessé de s'améliorer au fil des deux dernières décennies. {{La main mise de Pékin : un danger pour la démocratie ?}} Pour la Chine Hong Kong est non seulement une « poule aux oeufs d'or », mais aussi la plaque tournante économique régionale incontestée dans un monde chinois en pleine expansion. Au cours des dix-huit dernières années, dans le cadre de la politique de la « porte ouverte » préconisée par Deng Xiaoping, quelque 4000 entreprises de Hong Kong ont en effet délocalisé leur production de l'autre côté de la frontière, employant 5 millions d'ouvriers chinois. Les Hongkongais réalisent aussi 70% des investissements « étrangers » en Chine et produisent 70% des revenus touristiques du pays. Parallèlement, la présence chinoise n'a cessé de se développer : les entreprises chinoises ont investi dans l'immobilier, le transport aérien, les télécommunications, la distribution, le tourisme, la finance... Dans ce contexte, il n'était guère étonnant que les représentants de la communauté d'affaires locale, se soient tous rangés du côté de Pékin, pensant servir leurs intérêts économiques dans l'avenir, tant à Hong Kong qu'en Chine. A l'aube de la rétrocession une question restait en suspend : Pékin saurait-il gérer ce territoire pas comme les autres. Dix-huit ans d'ouverture économique n'ont pas pour autant fait du régime chinois un spécialiste du libéralisme. Son ignorance du pluralisme, d'un système juridique fiable et transparent, d'une administration de métier, d'une liberté de l'information pouvait légitimement inquiéter les observateurs attentifs de Hong Kong. Parmi les « dossiers à risques » figure: le maintien d'une administration compétente et peu corrompue, l'Etat de droit, la liberté de circulation des capitaux et des hommes, la libre circulation de l'information, le maintien de la parité entre le dollar de Hong Kong et le dollar américain. Le ministre des Finances de Hong Kong, Donald Tsang, tenait à rassurer sur ce point : « Je ne vois pas de risque pour le dollar de Hong Kong de se voir indexer sur le Yuan chinois. Ce n'est ni dans l'intérêt de Hong Kong, ni dans celui de la Chine de changer le système. » A entendre les responsables chinois qui assumèrent dès juillet 1997 la responsabilité de gouverner la Région Administrative Spéciale (Tung Chee-hwa, chef de l'exécutif, mais aussi Anson Chan, qui continuera d'occuper le poste de numéro deux, et Donald Tsang aux Finances), Pékin ferait l'impossible pour que le territoire garde son autonomie économique, voire « culturelle », par rapport à la Chine. La notion sans cesse rappelée d'« un pays, deux systèmes » faisait l'unanimité parmi hommes politiques chinois et hongkongais. Sur le plan des libertés individuelles, les risques étaient réels, d'autant que Pékin (dans une période de transition après la mort de Deng Xiaoping) laissait libre cours à ses vieux réflexes : contrôler et empêcher l'expression de voix dissidentes. Les démocrates de Hong Kong, ainsi que les associations de défense des droits de l'Homme, ou encore les anciens dissidents chinois réfugiés à Hong Kong après 1989, avaient de bonnes raisons d'être inquiets quant à leur avenir. {{Face à une appréhension partagée le G8 veille}} Parallèlement, la propagande s'était mise doucement en place. La rétrocession fut donc un festival de nationalisme comme le souhaitaient les dirigeants de Pékin. Successeur désigné de Deng, le président chinois Jiang Zemin honora Hong Kong de sa présence dès le 1er juillet au matin, alors que les médias officiels célébraient la bonne nouvelle et qu'une grande cérémonie se tenait sur la place Tiananmen à Pékin. Mais quelles furent les réactions des 6,3 millions de Hongkongais ? Ces derniers veulent se distinguer des autres Chinois qui n'ont pas vécu les mêmes choses. Si, a priori, la population de Hong Kong n'est pas opposée au fait d'être considérée comme chinoise, les événements de Tiananmen, en 1989, ont bouleversé la donne. Et la direction chinoise sait parfaitement qu'elle ne peut réussir à Hong Kong sans un minimum de soutien de la population locale. C'est pourquoi certains hommes d'affaires inquiets préféraient annoncer leur soutien « global » à Pékin et au système qu'était censée représenter la formule « Un pays, deux systèmes », dont la véracité était à ce moment sérieusement mise en doute. C'est au sommet de Denver en juin 1997, que le G8 a abordé le problème imminent de la rétrocession. L'attention des chefs d'Etats et de gouvernements était tout particulièrement tournée vers la liberté politique et la dimension économique. Le G8 exprimait alors sa volonté de voir perdurer les "intérêts durables de ce centre financier et économique". Il réclamait la conservation de la stabilité politique et de la prospérité d'un système économique monétaire indépendant, et notait que les Libertés fondamentales de Hong Kong et la règle de la loi étaient des conditions essentielles à la garantie de la pérennité du succès économique de Hong Kong. Hong Kong est alors devenue une Région Administrative spéciale (RAS) de la République Populaire de Chine le 1er Juillet 1997, après un siècle et demi d'administration britannique. Selon la Loi Fondamentale de la Constitution de Hong Kong, les structures économiques existantes, ainsi que les systèmes juridique et social doivent être maintenus au moins 50 ans après la rétrocession de 1997. Les diverses tensions à la veille de la rétrocession avaient conduit de nombreux observateurs occidentaux à penser que la promesse d'accorder à la Région Administrative Spéciale (RAS) de Hong Kong un « haut degré d'autonomie » ne serait pas respectée. {{Un bilan positif : bon point pour la Chine}} Toutefois les pessimistes ont été surpris : en effet pendant la première année d'existence de la RAS, la presse a conservé sa liberté de ton, les revues du China Watching poursuivant la publication de leurs informations gênantes pour le PCC. Les manifestations ont été aussi nombreuses qu'auparavant. Enfin en mai 98, à l'occasion des premières élections au conseil législatif (legco) organisées sous la souveraineté chinoise, le record de participation électorale a été battu et les démocrates hostiles à Pékin ont remporté une victoire impressionnante. Si quelques affaires judiciaires sont venues entacher la mise en œuvre de l'Etat de droit, les libertés politiques et le pluralisme continuaient de régner. Un an après la rétrocession, le sommet du G8 de Birmingham fut l'occasion de faire le bilan du « problème Hong Kong ».Ce fut l'occasion de saluer les efforts de la Chine face à la crise financière qui secoua le monde asiatique en 1997. Tony Blair, au nom des leaders du G8 exprima sa gratitude à la Chine pour ne pas avoir dévalué sa devise ou avoir pris toute autre mesure comme indexer le dollar de Hong Kong sur le Yuan chinois. Ce fut également l'occasion de réaffirmer leur soutien à Hong Kong pour le maintien des Droits de l'Homme et de la démocratie. Un tel bilan permit aux leaders du G8 de promettre à la Chine une intégration progressive dans l'organisation au regard de sa bonne conduite vis-à-vis de Hong Kong. Lors du sommet d'Okinawa en juillet 2000, la question du problème des blanchiments de capitaux a été évoquée. Le G8 a alors réaffirmé sa confiance à la RAS de Hong Kong qui demeure jusque là le centre financier qu'il a toujours été, en lui offrant de présider le Groupe d'Action Financière sur le Blanchiment de Capitaux (GAFI) de juillet 2001 à Juin 2002. Ce groupe créé par le G7 en 1989, doit promouvoir les luttes contre le blanchiment d'argent. Le bilan est positif pour Hong Kong, qui a l'issue de sa présidence, a réussi à établir un régime solide contre le blanchiment d'argent et qui a pris des mesures lui permettant d'entretenir des relations étroites avec le secteur financier malgré la rétrocession. En 2001, au moment du quatrième anniversaire de la rétrocession, la situation de la RAS restait rassurante. Pluralité syndicale et politique continue de faire de Hong Kong l'un des territoires les plus libres d'Asie. {{Pékin trop présent ? Un contrôle international nécessaire}} L'optimisme doit néanmoins être tempéré. Un certain nombre d'événements qui se sont déroulés en 2000 conduisent à se poser des questions sur l'importance du degré d'autonomie accordé à la RAS spéciale. En novembre 2000, un événement qui paraîtrait anodin dans n'importe quel pays s'est produit : le chroniqueur politique Willy Wo-Lam a donné sa démission du South China Morning Post. La raison officielle était une réorganisation de la rédaction, mais les raisons politiques étaient évidentes. En juin de cette même année, il avait publié un article dans lequel il rapportait que Jiang Zemin avait réuni les principaux tycoons de Hong Kong pour leur demander de soutenir le chef de l'exécutif nommé par Pékin, Tung Chee-hwa. De plus les fonds considérables qui avaient été débloqués pour mettre en œuvre la politique de Jiang Zemin permettant à des entreprises hongkongaises de s'installer dans l'ouest de la Chine est un échec. En effet, les hommes d'affaires de Hong Kong ne sont guère performants dans l'industrie lourde ou dans le domaine des infrastructures, secteurs où se situent les plus gros besoins de l'Ouest de la Chine. Du reste, la faible résistance des élites politico-économiques hongkongaises est sans doute l'une des causes des empiétements croissants de Pékin sur l'autonomie de la RAS. Désireux d'éviter les conflits avec Pékin, hauts fonctionnaires et grands patrons vont au-devant des désirs des dirigeants du parti. Au mois de juin 2001, un dirigeant du parti démocrate progressiste de Taiwan que les autorités chinoises considèrent comme indépendantistes, a dû annuler un voyage à Hong Kong car le visa lui a été refusé ; or, la déclaration conjointe prévoit que les ressortissants de Taiwan peuvent se rendre dans le territoire à condition qu'ils ne se livrent pas à des activités politiques. Il s'agit sans doute d'un geste de mauvaise humeur de Pékin pour protester contre le voyage et la réception quasi officielle accordée par les USA au président taiwanais Chen Shuibian. Il s'agit toutefois d'un dangereux précèdent qui remet en question la position de Hong Kong comme pont entre les deux rives du détroit de Taiwan. Naturellement, quelle que soit l'importance des empiétements du pouvoir central, Hong Kong n'est pas une ville chinoise comme les autres. Lorsque la police cherche à limiter le droit de manifester, comme ce fut le cas en mai 2001 lors du voyage de Jiang Zemin dans le territoire pour un colloque, les protestations dans la presse sont assourdissantes. Nul ne prétend que l'ordre pékinois règne dans la RAS. Pourtant, les médias et la communauté internationale dans son ensemble devront maintenir un haut degré de vigilance et réagir vigoureusement chaque fois que le « Centre » profite de la faiblesse et de la timidité des élites locales pour tenter de limiter la liberté d'expression dans la région. Hong Kong est, en effet, un « géant » de la finance, mais il ne faudrait pas qu'il devienne un « nain » en matière de Droits de l'Homme. Dans ses relations qu'il entretient avec la Chine, le G8 doit veiller à la conservation de statut de RAS.

Sources : - Revue « Esprit » Chine : une dictature dans la mondialisation, n°12 dèc 2001

 


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