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La remise en cause du G7
Par Corinne TOURON

jeudi 10 avril 2003


Contre Sommet d’Evian
Contre-sommet de Lyon

Tout le monde s'accorde , et depuis fort longtemps, à dénoncer la dérive médiatique du G7 et son manque de résultats. Rares sont cependant ceux qui remettent en cause l'existence même du groupe au sein duquel les représentants des grands pays industrialisés peuvent dialoguer librement et qui sert à l'occasion de catalyseur d'idées ou de lanceur de projets internationaux.

{{"Des conversations à bâtons rompus au coin du feu"?}} Lors de sa création, le G7, qui n'était alors qu'un G5, ne devait s'occuper que de la coordination des politiques économiques, et notamment de leurs problèmes de taux de change, à travers des réunions périodiques des gouverneurs des banques centrales et des ministres des finances. Initialement conçues comme des "causeries au coin du feu" par le Président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait pris l'initiative d'inviter en 1975 quelques collègues au chateau de Rambouillet dans les Yvelines, les rencontres sont rapidement devenues un point de passage obligé des relations internationales. Les chefs d'Etat et de gouvernement réclament d'ailleurs moins de fastes, moins de discours et moins de journalistes pour retrouver l'atmosphère simple et discrète des premiers sommets.Certains fastes sont parfois restés célèbres comme la "grand-messe" organisée à Versailles en 1982 par François Mitterrand au début de son premier septennat à laquelle la "fiesta" napolitaine de Silvio Berlusconi en juillet 1994 n'a rien eu à envier.Et le succés d'un sommet, préparé avec soin par des représentants personnels des chefs d'Etat que l'on appelle les " sherpas " et décrété par la presse, tient souvent à peu de choses : une annonce opportune, une déclaration inhabituelle... Selon le père du G7, Mr Giscard d'Estaing, le premier grand tournant a eu lieu en 1980 : "l'année 1980 a ouvert une période pendant laquelle les dirigeants britanniques et américains croyaient en la priorité absolue du marché et souhaitaient limiter la mise en place des politiques économiques. Il a fallu donner un autre contenu, beaucoup moins économique,au sommet, et cette démarche-là s'est avérée décevante." Ainsi selon lui les discussions politiques n'ont abouti qu'à des déclarations de principes, et les problèmes économiques qui se posaient (crise de l'endettement) n'ont pas été résolus. {{Une institution informelle}} Dès les premières années s'est posée la question de l'institutionnalisation du G7 dont la première marque a été son nom car le G7 n'existe pas en tant qu'institution; il n'est pour l'instant qu'un club informel, sans même un papier à en-tête.Il s'agit simplement de "sommets annuels des chefs d'Etat et de gouvernement"(1 fois par an) et de "réunions des ministres des finances et gouverneurs des banques centrales"(3 à 5 fois par an)qui se sont autobaptisés "groupe des 7" au fil des communiqués. Une véritable institutionnalisation du G7 ne paraît par ailleurs pas sans danger. Si l'Allemagne et le Japon militent en faveur de tout ce qui peut renforcer le G7, la France, en revanche, attachée au rôle de l'ONU, s'y oppose. Paris a refusé l'ouverture d'un "bureau du G7" à Moscou, lequel aurait pu représenter une dérive dangereuse pour la crédibilité du groupe. En tant qu'organe informel, les Sept n'ont jusqu'à présent jamais eu de véritables responsabilités; or s'ils étaient mandatés pour coordonner l'aide à la Russie, ils interviendraient de toute évidence dans la politique économique de ce pays. De plus, prises par une institution officielle, les décisions pourraient devenir plus facilement en proie à des critiques , du fait qu'une adresse officielle où adresser les réclamations serait ainsi offerte aux plaignants. {{Remise en question du G7 au Forum de Davos de 1994}} C'est à l'occasion du Forum de Davos en février 1994 que le fonctionnement et la composition du G7 ont clairement été remis en cause et notamment par le directeur général du GATT, Mr Peter Sutherland,à propos de l'isolement dans lequel agissent les grandes puissances internationales alors que les problèmes appellent des solutions globales et concertées.Ce forum constitue l'occasion, au cours d'une réunion annuelle de personnalités du monde des affaires et de la politique ainsi que de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement,de "prendre le pouls de la planète". Déjà à Davos en 1993, des critiques avaient été formulées à l'encontre du Groupe des sept pays les plus industrialisés, mais il s'agissait à l'époque de critiques venant seulement d'économistes et de professeurs non investis d'une mission officielle.Le directeur général du GATT a, quant à lui, exprimé "qu'il était impensable de continuer de la sorte avec cette forme de Directoire écartant la majorité des peuples du monde de la gestion des affaires économiques globales" dénonçant "l'exclusion de la plupart des pays les plus peuplés et d'un grand nombre des économies qui connaissent la croissance la plus forte et la plus rapide". {{Une faible représentativité }} En effet la physionomie de l'économie mondiale a tellement changé que la composition du G7 peut être légalement contestée.Il y a certes eu une prise de conscience qu'une partie du Tiers-Monde est dorénavant un nouveau monde, pas encore aussi industrialisé que les Sept mais moins faible que par le passé si bien que la préférence à admettre au G7 le Canada, l'Italie,la France...au lieu du Brésil, de la Chine ne semble plus se justifier.Cette faible représentativité est l'une des critiques les plus fréquentes adressées au G7. Au Forum de Davos en 1995, elle fut reprise par le premier ministre suédois, Ingvar Carlsson : "Comment peut-on débattre des grands problèmes de l'économie mondiale en l'absence de ceux qui en seront les principaux acteurs demain, le monde asiatique dans son ensemble notamment?". La présence, désormais régulière, de la Russie aux grands sommets semble être un premier pas. Les sept pays industrialisés ont décidé en mai 1994 de réformer leur club, pour pouvoir faire une place au partenaire russe. Le G7 continue à se réunir pour traiter des questions économiques. Le sommet des "huit", quant à lui, sera le lieu normal des discussions politiques: les questions nucléaires , la drogue, le terrorisme... Cette création du "G8 politique" est l'aboutissement d'un processus engagé en 1991: les Sept avaient invité à Londres Mikhaïl Gorbatchev, alors leader d'une URSS en quête d'aide financière occidentale. La mort de l'URSS n'a pas interrompu la tradition qui s'est poursuivie avec la Russie. Boris Eltsine a rejoint les sept à Munich en 1992, à Tokyo en 1993. Mais l'idée défendue par les Allemands et les Américains, d'associer les Russes à tous les débats politiques, n'étaient pas à l'ordre du jour. La France, notamment, a toujours résisté à la "dérive" des sommets des sept, qui, selon elle, doivent rester essentiellement économiques. Selon François Mitterrand, le G7 n'a pas de légitimité pour prétendre devenir le "directoire du monde" et ce G7 complété par un G8 pourrait bien faire doublon avec le Conseil de sécurité des Nations Unies et l'OTAN. Ainsi reviennent les questions autour d'un "concert des nations occidentales", d'un directoire de la planète -fut-il à huit- difficilement acceptable par le reste du monde mais aussi celle d'un organisme supplémentaire, d'autant plus que la plupart des gouvernements estiment que le nombre d'institutions internationales existant est déjà suffisant. Les sept pays industriels, qui détiennent plus de la moitié de la richesse mondiale, se sont toujours défendus de l'accusation d'être un "directoire mondial". Cependant lors des sommets, le fruit des réflexions en matière de taux de change ou de commerce influence la quasi totalité des économies du monde. {{Une efficacité contestée }} L'une des causes des interrogations actuelles sur le G7 réside aussi dans la multiplication des points en discussion. Lorsqu'un sujet est mis à l'ordre du jour, il est en général difficile de l'en écarter les années suivantes.La multiplication des G7 n'a pas, à cet égard, été un signe de leur succés. D'abord extérieure aux pays riches, la critique de cette institution informelle est désormais de plus en plus répandue."Les G7 sont inefficaces et peu représentatifs des nouveaux rapports de force économiques" entendait-on beaucoup à l'occasion du forum de l'économie mondiale en janvier 1995. Les G7 "spécialisés" -finances, emploi, industries de l'information- n'ont pas jusqu'à présent fait grand preuve de leur efficacité. Les thèmes aussi vastes que la coordination des politiques économiques, l'environnement...ont souvent mené à des réflexions très générales. Pour avoir participé à des réunions du G7 depuis quinze ans Jacques Delors, l'ex-président de la commission européenne, a en la matière un jugement sévère: "Ces rencontres ne débouchent généralement sur aucune conclusion positive". Toutefois, la plupart des résultats positifs obtenus par le G7 touchent des sujets relativement consensuels et financiers.En matière monétaire la coopération y est la pus ancienne. Elle a obtenu dans le passé quelques succés: les accords de stabilisation des monnaies de Plazza(1985) puis du Louvre(1987) notamment. En définitive le conflit Est-Ouest ayant disparu,et avec lui ses vertus disciplinaires, les puissances sont à la recherche d'un principe unificateur. Bien que les critiques se concentrent autour de l'efficacité et de la représentativité,le G7 n'en reste pas moins le signe d'un besoin: celui d'une organisation assurant la "supervisation" d'une économie mondiale qui se globalise et s'unifie et répondant à l'interdépendance des nations. Peter Sutherland appelle à un "meilleur système de coopération économique mondiale comme une urgente nécessité" notamment par l'élargisement du club des Sept à de nouveaux membres mais aussi en le dotant d'un secrétariat permanent. Mr Delors quant à lui propose la création d'un "conseil de sécurité économique", forum qui réunirait les chefs d'Etat d'une quinzaine des principaux pays de la planète et les dirigeants des grandes organisations économiques multilatérales (FMI, BIT..). Quoi qu'il en soit la réflexion sur "l'après G7" semble engagée même si le G7, lui même, n'est pas le mieux placé pour définir la liste des membres et des missions du club appelé à lui succéder. Il serait peut-être dommage que les dirigeants des sept pays industriels renoncent trop vite à leur " club informel " au profit de structures plus lourdes.

 


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